Elle était attendue cette conférence de presse du Président de la République ce mardi... Nicolas Sarkozy a choisi ce rendez-vous très gaullien pour présenter ses voeux à la presse plutôt que le traditionnel discours que lui préférait le prudent Jacques Chirac que les journalistes écoutaient "religieusement". Le choix de cet exercice est courageux mais contestable puisque les journalistes réussissant dans la foule des doigts levés à poser des questions n'y ont pas de "droit de suite", c'est à dire la possibilité de compléter ou préciser leur question, insister si la réponse est fuyante etc. ; ils peuvent ainsi facilement être instrumentalisés, transformés le temps d'un jour en outils de la communication élyséenne et non comme vecteurs d'une information indépendante, analysée et décryptée.
Et ça n'a pas manqué ! Alors que les questions étaient légion, notamment sur le pouvoir d'achat, véritable thème de prédilection du candidat Sarkozy lors de la Présidentielle, ou la collusion entre ses amitiés et les intérêts industriels et militaires de la France, ou encore la médiatisation de sa vie privée ; sur tout cela il n'a que peu répondu ou par des réponses sous forme de slogan, de renvoi de questions ; ou mieux (pire !) en intégrant des sujets nouveaux ouvrant sur de nouveaux débats, cherchant à détourner ainsi l'auditoire et les français sur ce qui fait déjà polémique dans le pays et pose problème au Président.
Ainsi, cette fois ce fut par exemple la suppression de la publicité sur le service public de télévision qui fut suscitée comme débat du moment. Intéressant dans l'absolu, de savoir quel type de télévision publique nous voulons, populaire et de qualité ou culturelle et confidientielle ou, ou ... Mais non, les français n'ont pas élu Nicolas Sarkozy pour cela ; ce n'est pas une question urgente qui préoccupe les français à l'heure de regarder le traditionnel journal de 20 heures.
Les esprits encore plus "tordus" que moi (...) verraient d'ailleurs dans cette réforme, que dis-je dans cette révolution, la volonté de favoriser la progression publicitaire dans le le secteur privé si cher au Président (en particulier TF1) ou de reprendre le contrôle d'une télévision publique devenue plus dépendante des financements publics.
Cette proposition-orientation-décision (on ne sait pas encore) a immédiatement passionné le microcosme médiatico-financier, donnant autant de raison d'oublier les autres questions du moment. Très fort ce Sarko. Sauf que cette méthode faite d'effets d'annonces très médiatiques d'un meilleur lendemain pour les français sans que (pour l'instant) les résultats ne soient au rendez-vous commence à ne plus tromper les français. A n'en point douter, il va falloir plus au Président que son talent oratoire pour renverser la vague d'impopularité qui monte dans l'opinion...